Vivre ensemble

Avant de découvrir ces portraits présentés aux Bains-Douches d'Elbeuf le 1er Février, présentation d'une démarche artistique qui mène ses concepteurs des routes de Haute-Normandie à Dakar, de Liepaja à Loos-en- Gohelle...

Le Studio de Sculpture Sociale

Nos expériences respectives d'écrivain et de réalisateur de documentaires nous ont conduit à chercher une bordure commune à nos démarches. Dans la continuité de nos recherches respectives et pour aller au-delà, il s'agissait de proposer une expérience esthétique de coproduction d'oeuvres avec les habitants des territoires. Ainsi a été fondé le Studio de Sculpture Sociale.

La proposition du Studio de Sculpture Sociale s'inspire des réflexions de Joseph Beuys identifiant pratique esthétique et pratique sociale, expression de soi et expression d'un Commun.

Le Studio est un espace d'énonciation, de tournage, de diffusion d'images et de sons. Il est nomade, il se déplace sur les territoires à la rencontre des habitants. Avec eux, il crée une Sculpture Sociale, un objet élaboré en interaction avec la multitude des êtres, leurs récits d'expériences sensibles, leurs mondes.

Le dispositif que nous proposons à Elbeuf s'intitule «Qu'est-ce que vivre». C'est cette question qui sert de support à la réalisation d'une galerie d'autoportraits d'habitants d'Elbeuf et des villages avoisinants. En fait il ne s'agit pas tant de répondre de façon univoque à cette question que d'explorer les champs de la sensibilité qu'elle ouvre.

Alors que, parfois, il est question de «part de cerveau disponible», de réduction de l'être à la figure du client, d'aplatissement de la diversité des formes sur l'enclume des marchés, nous tablons sur l'existence d'un êtreensemble fondé sur un nouveau partage du sensible. La vie n'est ni simple satisfaction de besoins biologiques, ni présence passive. Elle est affirmation active de l'être, passion, création, partage.

C'est cette connexion de soi avec ce centre du sensible que nous nommons « Vivre ». C'est là que s'engendrent la création poétique, la passion, les actes de générosité et de partage. Là, notre présence au monde est déliée d'intérêts particuliers - ainsi des aventures collectives qu'on aura pu connaître, de leur souvenir, de leurs présupposés : la solidarité, l'amitié, l'entraide.

Des chants

La question «qu'est-ce que vivre ?» est ouverte. Aux personnes qui participent à l'expérience, nous proposons des directions générales de réflexion qui sont amendées et réagencées. Chacun écrit au préalable le texte de son autoportrait, lors d'échanges avec nous (directement et/ou par le Net). Ensuite, avant le tournage, chacun choisit une musique qui servira de décor à son portrait. Agencés à des ritournelles, des refrains, des chansons, ces portraits prennent une forme à la fois textuelle et musicale, nous les nommons chants. Ils composent la continuité d'un poème où chacun des portraits se fond dans le tout d'une communauté solidaire.

Tel un choeur, ce poème fait entendre le sens de l'énigme éponyme du projet : qu'est-ce que vivre. Les expériences de passion, de création, de lutte, saisies dans la langue de la poésie et l'affect de la musique, sont le matériau de la sculpture sociale. La poésie est la forme primordiale d'expression de la communauté. La musique est sa substance. Le chant, qui les réunit, est la matière sensible de la langue : sa chair.

Après

Nous sommes attachés à une éthique associant l'expression de chacun à la construction d'une communauté ouverte, tenue par des valeurs d'égalité et d'amitié. Pour nous une oeuvre d'art est indistinctement une forme esthétique, une pratique sociale, un moment de constitution d'un commun. Cette expérience voudrait être un exemple de cette exigence, sociale, éthique et esthétique indistinctement.

Paris, Dakar, Elbeuf, Liepaja, Loos-en- Gohelle, notre projet se développe et dessine une cartographie d'un corps commun, par-delà les divisions de rôles, le carcan des identités closes, les frontières. Un peuple - créatif de luimême, porteur d'une politique d'égalité, fragile, vulnérable, fort de ses différences, s'engendrant à la source de ses imaginaires, de ses langues - s'esquisse sur fond d'affirmation des singularités de chacun.

Le Studio de Sculpture Sociale
septembre 2005


agenda éditorial auteurs lieux presse liens générique