Elle est l'auteur d'une dizaine de pièces dont «Dans ma cuisine je t'attends» et «Verticale de Fureur» particulièrement appréciées du comité de lecture. Auto-interview.
Alors, Stéphanie, pourquoi écris-tu au fait, tu veux un café ?
Écoute Stéphanie, à cette question, - je préfère du thé plutôt, tu en as ? et du lait aussi - Samuel Beckett répondait (interrogé par le journal Libération dans les années 70) «bon qu'à ça». Alors évidemment, sans me comparer à lui, ou me prendre pour un certain dictateur africain, je te dirais bien la même chose «bonnekassa», sauf que, de la part d'une femme, ça peut paraître tendancieux. Tu vois, je n'ai aucune réponse satisfaisante à ta question, car je ne crois pas qu'il en existe. Ni satisfaisante, ni claire, ni bonne ni bien tranchée ni saignante à point. Et puis je ne suis pas sûre de vouloir savoir. Mon travail est d'écrire, c'est tout. Jusqu'à présent, c'est la seule occupation que j'ai trouvée (ou qui m'ait trouvée, je ne sais pas qui a apprivoisé l'autre) qui me procure autant de plaisir et soit en cohérence avec ma sensation du moment.
Thèmes, sujets, domaines de prédilection ?
Écoute Stéphanie...
J'écoute
Merci mais tu risques d'être déçue... Comme je suis une fille ordinaire, je m'intéresse à tout. Aux individus, surtout, aux prises avec leur petit destin, pas toujours héroïque et pas toujours facile. Mes personnages sont souvent rattrapés par une circonstance de l'Histoire qui les dépasse. Ce sont des « concentriques » qui passent d'un cercle à l'autre, d'un système à l'autre, sans pouvoir s'en affranchir. Je travaille aussi sur la famille en tant que milieu carcéral, terre de vase tout autant que terre d'épanouissement. Dans cette direction-là, je tente d'exploiter le mode de l'enfermement, des systèmes autarciques et la notion de territoire et de frontière - mais à l'intérieur de l'individu. Je suis fière de ma belle phrase et en même temps je me dis «est-ce qu'elle me suit ?».
Je te suis puisque je suis toi en même temps que l'autre... Oh tu n'as pas bu ton thé !
Au lait oui c'est malin et maintenant il est froid !
Stéphanie Marchais - septembre 2005
Stéphanie Marchais, est née en 1970. Comédienne formée au Conservatoire d'Art Dramatique de Nantes, elle poursuit à Paris son parcours artistique et commence à écrire. En 1997, elle publie La Femme qui court (ed. du Laquet), donné en lecture publique à Paris et Nantes. Suivent Le goûter, C'est mon jour d'indépendance et Dans ma cuisine je t'attends, en 2004, qui reçoit la bourse du Centre National du Livre, est diffusé sur France Culture (ed. l'Avant-Scène Théâtre). Cette saison elle prépare la parution de Vanille- Poubelle, une pièce pour le jeune public.