Boyan Papazov, «voir de loin»

Il sera en résidence de traduction au Théâtre Ephéméride pour travailler avec Tzena Mileva et Remy de Vos à la version française d'une pièce étonnante «Parler à ses puces», créée en Bulgarie en 2001.
Extraits d'interviews d'un auteur majeur de la scène bulgare.

Ecrire

Le jeu avec la langue, ma boîte à outils, est un délice. Le drame ne vieillit pas, c'est un plexus vivace. Le Temps vit dans le bon drame. Et c'est le Temps qui tranche, après la mort de l'auteur, selon qu'il s'est contenté de «tresser des couronnes» ou «dramatiser» des événements.

Une histoire… culturelle

Il existe de multiples définitions de la culture… Une anecdote personnelle : en mars 1993 on tournait en Israël des épisodes de mon documentaire «Simon, Avraam et Josèphe». A Jaffa, boulevard Jérusalem, nous étions agglutinés dans la synagogue privée du rabbin Avram Behar, né à Roussé, en Bulgarie, pour tourner le «sabbat». Lors de la pause entre deux prières, alors que le chanteur d'église lisait la prière, Avram Behar s'est approché de moi et m'a chuchoté à l'oreille : «Boyan, maintenant tu vas entendre une prière, c'est moi qui l'ai confectionnée. C'est une mélodie turque vraiment délicieuse, j'ai collé des mots dessus et ça a donné une très belle prière. Les miens l'adorent !». J'écoutais donc la prière en hébreux, sur une mélodie turque, interprétée par une vingtaine de juifs âgés qui, avant et après le service, se parlaient en bulgare.

Intellectuel ?

A propos du joli mot «intellectuel». Je ne le suis pas. Dans une de ses dernières interviews, Jean-Paul Sartre dit que l'intellectuel voit au loin et agit en «visionnaire». Andreï Sakharov était ainsi. En Bulgarie il y avait Ivan Radoev. Je suis heureux de l'avoir connu.

Balkans

Dans les Balkans avant, comme maintenant, des ponts ont été construits, mais personne ne s'en sert. Les «ponts» gênent «le meilleur business de tous les temps». Or ce business s'appelle «la guerre». A titre de référence, regardez quelle marchandise occupe la première place dans les exportations des grandes puissances. Et pourtant, il y aura toujours des «pontards».

Un rêve

Je ne veux pas escalader des sommets, mais les voir de loin. Je rêve de pouvoir, avant d'avoir perdu ma lucidité, considérer pendant une semaine l'Himalaya au Népal.

Boyan Papazov
(extraits d'interviews)
Traduction Tzena Mileva


agenda éditorial auteurs lieux presse liens générique