Galin Stoev présente Oxygène d'Ivan Viripaev, en langue française avec la compagnie belge Fraction. Ce jeune metteur en scène européen (voir encadré), poursuit avec Ivan Viripaev (dont certains textes viennent d'être publiés en français) une collaboration artistique emblématique. Rencontre.
Marianne Clévy : Depuis quelques années, tu travailles en Belgique. Que t'a apporté cette nouvelle expérience, et où avais-tu travaillé auparavent ?
Galin Stoev : Depuis 10 ans, en tant que metteur en scène, j'ai travaillé en Angleterre, Slovénie, Macédoine, Allemagne, Argentine, Pologne, Belgique et bien entendu, en Bulgarie. Il y a trois ans, j'ai été invité par le CIFAS pour diriger un workshop à Bruxelles. L'expérience a été vraiment inspirante. J'ai rencontré alors quelques jeunes acteurs avec lesquels nous avons commencé un travail. Aujourd'hui, je vais créer ma propre compagnie en Belgique, Fingerprint. J'ai toujours bougé et continue de rêver que la "tant désirée Arcadia" existe quelque part. Quand vous bougez physiquement et mentalement, c'est votre âme qui se sent pour un temps chez elle. C'est peut-être un genre de névrose, héritée des années de régime socialiste, lorsque tout ce qui était juste et beau devait être quelque part derrière le mur. Bien sûr, c'était une illusion, mais subsiste toujours la nécessité urgente de voyager, confronter mes propres clichés à de nouvelles circonstances.
M.C. : Tu présentes en décembre Oxygène puis tu dirigeras en février un travail sur la pièce de Boyan Papazov « Parler à ses puces ». A propos d'Oxygène, comment présenterais-tu le travail de cet auteur ?
G.S. : Il est très rare de lire un texte contemporain et d'être capable de le ressentir "physiquement", d'en ressentir la capacité à exister dans les corps et la voix, l'énergie qu'il contient.
Viripaev est d'abord un poète qui créé pour les acteurs des circonstances dans lesquelles l'instant "ici et maintenant" est exploité dans sa totalité. L'écriture de Viripaev questionne constamment la qualité de communication entre le plateau et l'assistance. Et la voie qu'il choisit pour le faire est absolument dingue. Pour moi, c'est une expérience magnifique que d'aimer un texte en étant totalement conscient que vous n'avez aucune clef pour le travailler au plateau. Le texte est d'une certaine façon audessus de votre "technique". Ces rencontres heureuses avec de nouveaux textes provoquent et repoussent les limites. L'écriture de Papazov par exemple, touche des niveaux d'émotion très profonds et dans le même temps, elle met à bas toute solution simpliste pour la mettre en scène. Et j'aime lorsqu'un texte "attaque" mes présupposés de metteur en scène. C'est la même chose avec Oxygène.
M.C. : Comment as-tu connu cet auteur ?
G.S. : En 2001, quelqu'un, en Allemagne, m'a donné à lire un de ses premiers textes intitulé "Rêves". Six mois plus tard, j'étais au travail sur le texte. Ivan Viripaev a assisté à la création au Festival d'Eté de Varna (Bulgarie) et depuis, nous avons poursuivi une collaboration.
M.C. : D'autres projets ensemble ?
G.S : Je prépare actuellement une mise en scène en langue française de sa dernière pièce "Etre N 2" et nous travaillons à un projet commun pour la prochaine saison à Moscou.
M.C. : Que signifie pour toi "rebellion"?
G.S. : Garder tous les sens en alerte, alors que tout est fait pour les endormir. Cela pourrait s'appeler aussi "subversion".
Propos reccueillis par Marianne Clévy.
septembre 2005