Pour la troisième fois, Corps de Textes accueille Frédéric Aspisi et son ex-cie gospel. Après une résidence de création à Dieppe (DSN) il présente la première étape publique de son nouvel opus «décharges - ars amatoria» dans la Chapelle Saint-Louis. Retrouvailles.
Laurent Charvillat : Contrairement à ce que pourrait laisser croire la légèreté de ton adresse aux spectateurs, on est en présence, devant tes créations, de quelque chose de très écrit, de «monté». Ça rend l'expérience à chaque fois singulière. Notamment parce que vous êtes très direct avec nous.
Frédéric Aspisi : Si ça n'était pas le cas, on ne pourrait pas faire du théâtre ensemble, ça ne viendrait pas. Nous avons besoin de vivre une rencontre directe avec les gens qui viennent nous voir.
L.C. : Procédé ?
F.A. : Dans Décharges, j'utiliserai des techniques théâtrales «mortes» : le chant polyphonique, par exemple. Les acteurs vont exhumer cette technique comme s'ils trouvaient un outil qu'ils « ressortent ». J'utiliserai beaucoup ce principe de mélange entre nous ici et maintenant, nos tragédies et des figures anciennes. De mélange, de choc et de confrontations, bien sûr.
L.C. : Pas de vidéo ?
F.A. : Le travail avec des acteurs filmés n'a rien à voir avec ce que nous représentons ici. Je ne peux pas manipuler un montage et je ne veux pas « enrichir » un propos qui s'établit précisément sur la pauvreté et la manière de « ridicule » dont parlait Vitez. J'ai vraiment besoin de cette fragilité sans câble.
L.C. : Quelque chose m'avait marqué dans «Europe, tragedy», c'était l'exacte répartition de la sexualité entre les personnages.
F.A. : La parité ? (sourire)... C'est vraiment ça, mon projet. C'est du théâtre génétique (rire). Ce sont plutôt les sexualités qui me font réfléchir : sexualité de la langue, des mots, sexualité des corps... Le partage, il est là parce que je crois à «la situation» et que c'est ça que je propose aux acteurs de travailler. C'est génétique, parce que c'est de l'information organisée qui donne un corps, le corps du spectacle...
L.C. : Le sens de Décharges ?
F.A. : On fait beaucoup de bilans, on a une quantité vertigineuse de références et un patrimoine artistique gigantesque, mais du coup, il devient difficile de trouver le champ d'un théâtre simplement nécessaire.
Tout est empilé, peut-être un peu mort. Tout est sur la décharge.
Depuis longtemps, je voulais placer la mort au centre de mon dispositif théâtral, tout en cherchant à faire entendre l'importance de cette étape de la vie et en quoi elle doit nécessairement modifier le comportement de l'Homme durant son existence.
Le théâtre meurt. Je crois que notre monde théâtral parvient au terme de son histoire. C'est le temps de la Peste pour nous.
L.C. : Pour nous seulement ?
F.A. : ...
Propos recueillis par Laurent Charvillat.