À notre invitation, de nombreux artistes professionnels ou amateurs ont relevé le défi, et au travers d'expérimentations scéniques aux formes multiples, viendront sonder le champ imaginaire de la représentation du Jouir !. Pour ces créateurs prêts à bouleverser nos repères, pour un public curieux du monde, exigeant et libre en pensée, la jouissance n'est pas forcément là où se tient l'évidence, bien au contraire. Du laboratoire théâtral au spectacle, de la petite forme pour cinq spectateurs au rendez-vous des chuchoteurs audacieux (vous peut-être), nous vous invitons à goûter, parcimonieux ou goulus, cette folle soirée.
Quels textes, quel espace, quels mots pour aborder en scène la thématique ? Se prêtant au jeu, au défi, accompagnées d'actrices et d'acteurs de leur choix, trois metteuses en scène expérimentent et croisent leurs pratiques pendant quatre jours en résidence au Théâtre des Bains Douches d'Elbeuf. Au sortir de cette expérience commune, tels des chercheurs, elles nous dévoileront les pistes et questionnements qui ont jalonné leur travail durant ces quelques jours d'expérimentation.
Anne Courel est actuellement basée en région Rhône-Alpes. Mais après un travail de dix ans d'implantation, de créations, elle va bientôt retrouver le nomadisme, volontairement, comme une nécessité artistique. De ce nouveau départ, elle dit : «Laisser derrière soi une structure que j'ai inventé, une résidence qui sentait la sécurité. Passer la main, laisser s'égrener les souvenirs, tranquillement… Etaler une page toute blanche, partir à l'aventure. Inventer des escales aux quatre coins de l'Hexagone ! Pour fabriquer avec d'autres des spectacles, des projets qui ont du sens, inventer des rendez-vous avec le public autour des mots que j'ai envie de chuchoter, chanter, crier à plusieurs depuis la scène qui est pour moi l'espace de la parole “nécessaire”.»
Claire Le Michel a été associée au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis de 1998 à 1999. La compagnie qu'elle anime, Un Soir Ailleurs, est implantée en Essonne depuis 2001, mais travaille régulièrement en Poitou-Charentes. Egalement pédagogue, elle anime des ateliers de pratique à l'UFR d'Etudes Théâtrales de Paris III, avec l'Inspection Académique de Charentes-Maritime et l'IUFM de Créteil dans le cadre d'une formation aux formes contemporaines de théâtre des professeurs des écoles.
Sophie Rappeneau, après une formation de comédienne à Paris, au studio 34, entre à l'INSAS, à Bruxelles, et met en scène «La foi, l'amour, l'espérance» de O. Von Horvath. De retour en France, dans le Nord-Pas de Calais, et en Haute Normandie, en 90, elle travaille sur l'écriture scénique (l'écriture du temps), avec R. Huvier, chorégraphe, V. Wilmar Hervé, compositrice, les auteurs, R.Morgiève, M. Vinaver, L.Salvayre, E.Durif… et met en scène des histoires telles que «Soixante Kilomètres Heure», «Robinson Crusoé», «La Puissance des mouches», «Pas loin d'une éternité»…
Le plaisir de redécouvrir quelques illustres bâtiments autour du Théâtre des 2 Rives dans une déambulation- lecture regroupant et finalisant le travail de deux ateliers d'écriture :
«Ville-Nouvelles», atelier dirigé par Olivier Gosse (voir page 6) avec les patients des Hôpitaux de Jour de Grand- Quevilly, Mesnil-Esnard & Notre-Dame-de-Bondeville. Ce travail a fait l'objet d'un jumelage entre le Centre Hospitalier du Rouvray et Corps de Textes.
Le texte lauréat du concours d'écrits sur la ville des étudiants organisé par l'Université de Mont-Saint-Aignant et la Ville de Rouen. La promenade en lecture s'achèvera par un apéritif dans les jardins du Musée des Antiquités, face au Théâtre des 2 Rives.
Un magnifique texte qui ouvre à tous, acteurs ou non, amoureux du théâtre, praticiens ou néophytes, les spirales infernales de l'amour de la scène. Que l'on connaisse ou non le travail d'Eugène Durif et celui de Jean-Michel Rabeux, il s'agit surtout à l'écoute du texte de Frédéric Aspisi de se laisser porter par sa passion irraisonnée et irraisonnable pour ces hommes de théâtre, et de découvrir une des plus belles déclarations d'amour qu'il ait été faite au Dieu Théâtre depuis longtemps.
«Se perdre, perdre l'énoncé, s'oublier et laisser sortir les mots d'entre ses lèvres, voix de la perte enfin trouvée. Eugène Durif isole les nerfs de l'écriture et donc ceux de l'acteur. Porter les mots de Durif, ce serait comme porter une camisole, un tissu poétique qui habille le caractère organique de l'acteur. Et donc l'acteur peut avoir l'air d'un fou s'il ne se départit pas du rapport psychologique au texte. Pour éviter cela il faut qu'il dépasse ce premier stade, qu'il sublime les contraintes imposées pour révéler l'essence du texte. Sacrifice de l'acteur sur l'autel des passions. L'acteur se sacrifie pour livrer la poésie. Il pose ses bagages, doit nécessairement les oublier, pour réinventer, pour recréer le chant».
F. Aspisi
De 1902 à 1934 Gaëtan Gatian de Clérambault est médecin psychiatre à l'Infirmerie Spéciale de la Préfecture de Police de Paris. Il y reçoit, entre autres, des femmes multirécidivistes arrêtées pour vols de soie et recueille méticuleusement les témoignages de celles-ci. En 1908 il publie le premier ouvrage sur «la passion érotique des étoffes chez la femme» à partie de ses observations cliniques. Parallèlement à cette activité médicale, Clérembault enseigna l'histoire du drapé à l'Ecole des Beaux-Arts.
«Passion érotique des étoffes» est une petite forme à partir d'un montage dialogué de la parole d'une femme souffrant de la passion de la soie et des commentaires psychiatriques qui s'y rapportent. En écho et contrepoint, l'étude d'un plasticien sur les étoffes et le drapé (tirée de l'exposition de Salvatore Puglia : Six leçons de drapé),
«l'amour normal apparaît comme le résultat d'un fétichisme compliqué : on pourrait dire que dans l'amour normal le fétichisme est polythéiste : il résulte non pas d'une excitation unique mais d'une myriade d'excitations : c'est une symphonie. Où commence la pathologie ? C'est au moment où l'amour d'un détail quelconque devient prépondérant au point d'effacer tous les autres. Ici la partie se substitue au tout ; l'accessoire devient le principal. L'amour fétichique est une pièce de théâtre où un simple figurant s'avance vers la rampe et prend la place du premier rôle».
Gaëtan Gatian de Clérambault
La jouissance est-elle un objet qui circule à double sens ? A-t-elle besoin de l'intime pour exister ? Ou au contraire la jouissance peut-elle au travers d'un acte artistique devenir une chose publique ? Au travers de textes d'auteurs contemporains dont le choix est en cours, la compagnie souhaite en abordant cette problématique, interroger d'abord le rapport de l'artiste avec l'autre, avec celui qui regarde. À l'heure où nos métiers sont remis en cause violemment, c'est peut-être aussi parce que, avant d'en vivre, nous jouissons de notre pratique, et que c'est même pour cela que nous sommes encore là. N'est-ce-pas cette jouissance là qui dérange, dans un monde où le plaisir devient un bien de consommation comme les autres ?
La compagnie Akte dirigée par Arnaud Troalic et Anne-Sophie Pauchet est implantée au Havre, à l'Espace Akté, lieu de résidence et de programmation dont elle a la charge. Fondée en mai 2000, elle rassemble des comédiens havrais et sa vocation est de créer des spectacles dans l'exploration de formes théâtrales diverses en s'entourant de collaborations artistiques extérieures. Dernière réalisation «Etape I : Georges Dandin» : création à Alizay en résidence.
«Un désir intimiste, fugitif, hors limite et surtout pas tout public autour de Balle Perdue de Serge Valletti. J'aborde ce texte comme un prétexte à libérer les envies de jouir d'un vieillard grabataire, suicidaire et à oublier la répugnance qu'il y a à dire certaines choses… dans les talons-aiguilles des premières lueurs de l'aube par exemple…»
«Tout à coup tout change… Pour qui m'aviez-vous pris ?»
Jouir ! ? : faire ce qui ne se fait pas, à commencer par ce pour quoi l'on n'est pas fait (Nathan, Tom et Marie causer à en perdre haleine, Jean-Mi se donner en spectacle) ; faire du cirque à l'étroit ; être auteurs, acteurs, metteurs en scène et spectateurs tout ensemble et simultanément; improviser sans entraves; monter «Alzheimer» en une semaine ; s'encombrer d'un décor extravagant; offrir des folies au public; prendre des risques, à la limite.
Jouir ! ? : faire jouir !
Jouir ! ? : railler-dérailler, manger-démanger; penser-dépenser une énergie considérable; ranger-déranger les gens par catégories socio-démographiques ; et comme accessoirement jongler, danser, faire des acrobaties explicitement sensuelles. Mais au fait : Tonton, Fabrice, Alain et Jean Michmuch répètent laborieusement « Dans quelle étagère », spectacle de rue, dans la cuisine de Marie. Mortel !
Elle : «Je n'ai pas payé pour la chambre - enfin : j'ai juste donné un acompte. Je me disais que si vous ne me plaisiez pas, je perdrais l'acompte. C'est pas très grave - j'avais peur qu'il n'y ait plus de place dans l'hôtel et qu'on soit obligé d'aller dans un endroit glauque, ou bien je ne sais pas moi… Un congrès international de dentistes et il n'y a plus une chambre libre !»
Jeune compagnie basée sur Rouen, Dizacteurs a présenté récemment un travail sur Copi au Théâtre de la Chapelle Saint Louis.
Acceptant une fois encore de se mettre en jeu dans Corps de Textes et de repousser peut-être ses propres limites, David Noir, après sa venue en 2003 avec le très remarqué «16 Années Noir» au Théâtre des 2 Rives, revient, seul, pour une forme encore aujourd'hui en devenir. Nouvel opus, nouvelle forme pour explorer un thèmee qui ne devrait pas rebuter le créateur des «Puritains», «Les Justes» ou «Les Innocents».
Une fille se prend dans ses bras, se fait l'amour, s'embrasse sur la bouche, se B B Be e Bouche la bouche, les béances, tous les trous. Elle se frotte au monoï, se peluche, s'épluche la peau, se sucre «la peau-chagrin» de chocolat, se tartine les trous d'où dégouline le vide, un cri blanc, désert du dedans vite te-te de l'eau Pfuit boire glouglouglou baver éructer peupler son corps de baisers, de mots insensés, dessus dessous, à fleur de peau, dedans, dehors. Mots qui se battent en une lutte acharnée, raisonnée, folle, sexuelle jusqu'à vite-te-te vlaatch accoucher d'un AAHHHH MOUR Jouir à plus n'arrive qui fille d'une histoire.
Nadège Prugnard
«Un spectacle original, où se mêlent l'obscène, le poétique, la douleur et le rire. Une performance théâtrale ne supportant pas le confort mais une prise de risque artistique maximale. Ça sonne techno et ça pulse sexe dans l'univers de Nadège Prugnard.»
Arts et Culture - Avril 2003
«Et puisqu'il est question d'amour, il sera à chercher dans ce don de soi de l'auteure-actrice-toute au public anonyme.»
Bruno Boussagol
«Monoï» a été créé en mars 2003 lors d'une résidence à la Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale, Festival «À suivre…».
Rendez-vous artistique final pour les artistes et le public