Jouir, seule force de création ? Si oui, s'agit-il de jouissance ou de puissance ?… Faut-il jouir plutôt que reproduire ? Adopter des partis pris ou des esthétiques en rupture ? Sommes-nous encore excités à l'idée d'en obtenir toujours plus de la part des artistes ? Ainsi, l'indécence des spectacles serait-elle jouissive ? Ou, au-delà des mythes de la participation et de l'expérience liant le théâtre à la fête, une nouvelle forme de jouissance collective est-elle en cours d'invention ? La puissante télévision a-t-elle finalement eu le dernier mot à ce sujet ?… Faut-il alors, dans certains cas, s'interdire de jouir ?
Le printemps ne serait-il plus si bon marché ? Ou bien, serait-il devenu impossible de jouir lorsque l'on crée tant l'institution impose un formatage de l'acte culturel ? S'agit-il alors toujours d'actes artistiques ? Peut-on convoquer les spectateurs à tout ?… Or donc, sur quoi repose la certitude que le plaisir individuel de l'artiste est transmissible au plus grand nombre ? Jouir sans entraves ? Jouir comme faire une énorme grimace ?
Jouir… Promesse impossible ?
Julika Mayer est diplômée de l'Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette ; elle a notamment côtoyé Philippe Genty, Martine Viard, Bruno Meyssat, Marie Vayssière et Franck Soehnle. Co-fondatrice en 1999 de la Compagnie Là Où, elle créé Intérieur d'après M. Maeterlinck, Question d'odeur de R. Fichet, Petits Chaos, (Détails) les grands poissons mangent les petits, puis Habitable. La marionnette est pour elle l'endroit de croiser les disciplines artistiques : arts plastiques (installations visuelles et sonores) et arts vivants (théâtre, danse, marionnette, cirque). Conceptrice / metteur en scène et marionnettiste / interprète, Julika Mayer définit sa position en fonction de l'identité de chaque projet de création.
Suzanne Héleine est actuellement directrice de l'Art Dramatique Expression Culture - Maison du Théâtre Amateur de Rennes. C'est un lieu ressource qui travaille en direction des pratiques amateurs de théâtre sur trois secteurs principaux : la documentation théâtrale (une bibliothèque de prêt riche de 12.000 références), la formation (stages, ateliers et aventures singulières avec des compagnies professionnelles en création) et la diffusion de spectacles (salle de 170 spectateurs). Suzanne Héleine intervient auprès de troupes amateurs et d'ateliers de réalisation dans les secteurs de la mise en scène, de la direction d'acteurs et dans l'organisation de manifestations.
Sophie Lucet est maître de conférences au Département d'études théâtrales de l'Université de Caen-Basse-Normandie où elle est également membre du Centre de Recherches et de Documentation des Arts du Spectacle. Ses recherches portent notamment sur les politiques culturelles ainsi que sur l'écriture contemporaine ; son dernier ouvrage Tchekhov/Lacascade : la communauté du doute a été publié aux éditions de L'Entretemps en avril 2003.
Michel Roger anime la Compagnie Jolie Môme, créée en 1983, dont il est un des membres fondateurs. Cette troupe est attachée à un théâtre festif où l'on se retrouve entre amis, entre camarades, où règne une atmosphère d'insolence, de rébellion ; cette atmosphère fraternelle participe à faire de son théâtre un acte politique. Ses créations mêlent librement la chanson au théâtre, elle a notamment créé une pièce sur la Commune ( Barricade en 1999) ainsi qu'une mise en scène de poèmes de Jacques Prévert ( La Crosse en l'air en 2000). Parallèlement à son travail artistique, la Compagnie Jolie Môme est également présente aux côtés des sans-papiers, sans-travail, sans-logement, précaires et salariés en luttes.
Charlie Venturini est metteur en scène et directeur artistique de la Compagnie Papillon Noir Théâtre depuis sa création en 1993. Il vient de terminer un travail/mémoire autour de l'esclavage, Légitime Défense, écrit par Kossi Efoui et présenté en janvier 2004 à l'Espace Jean Vilar (Ifs/Calvados). Cette création vient clore un cycle de recherche lié à la thématique «victime/coupable». La Compagnie Papillon Noir Théâtre produit un théâtre de corps où le langage est au coeur de ses préoccupations.
Olivier Neveux est enseignant-chercheur au Département des arts du spectacle de l'Université de Nanterre-Paris X et participe à diverses revues théâtrales. Ses recherches portent notamment sur les esthétiques et sur les dramaturgies militantes, il est le co-concepteur du colloque international «Pour une histoire critique du spectacle militant» qui s'est tenu en mai 2003 à l'Université de Nanterre, à la Cinémathèque Française et au Théâtre de l'Aquarium.
Jean-Paul Réti, sculpteur franco-hongrois. Il a poursuivi ses études à l'E.N.S.B.A. à Paris, ainsi qu'à Jussieu et Censier dans d'autres disciplines. Il a travaillé sous la direction du sculpteur César d'après le modèle vivant, s'intéressant tout particulièrement à la «mécanique» des corps, à l'anatomie (grâce aussi à Pôl Lecœur). Il devient assistant de Jean Dubuffet, puis collabore avec Pierre Klossowski. A partir de 1980, il passe à des représentations de la Terre, vue du ciel, sous forme de sculptures murales. Une sorte «d'anatomie» de la Terre, ses failles et ce qui s'y accroche. Quatre années de travail et expositions en Italie, puis deux au Etats-Unis. Son atelier est installé au 91 quai de la Gare (Paris, 13e ). Jean-Paul Réti est fondateur d'une association non corporatiste, s'intéressant à la manière dont la ville est construite : pour quels métiers, quels habitants, à quels prix. Morphologie et sociologie de la cité.
Anne de Amézaga, autodidacte, amoureuse du théâtre ; de 1979 à 1999 elle participe à la fondation et à la direction du Dix-Huit Théâtre (Paris) devenu l'Etoile du Nord. Egalement cofondatrice de l'association Ticket-Théâtre, par ailleurs, de 1994 à 2003, elle co-dirige Le Colibri à Avignon. Anne de Amézaga a travaillé avec différents metteurs en scène (S. Maurice, D. Jemmett, J.-P. Bodin, J. Falguières, D. Jeanneteau) comme relation publique ou chargée de diffusion. Intermittente du spectacle depuis 1999, elle a été conseillère technique pour le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis (direction Alain Ollivier) et accompagne par ailleurs régulièrement Didier Ruiz, Joël Pommerat et, plus récemment, Anne-Laure Liégeois.
Christel Pesme est étudiante en restauration et historienne de l'art ; elle mène une réflexion sur la notion de patrimoine ainsi qu'une pratique critique sur la conservation et la restauration. Un de ses axes d'étude porte sur l'hypothèse d'un «fétichisme de la matière» qui, pour l'institution culturelle, fonde la valeur historique de l'œuvre, son authenticité, son originalité, voire sa valeur artistique et esthétique. Cette réflexion s'appuie sur une proposition pratique de restauration par l'éclairage qui n'agit pas sur la matière de l'œuvre, mais sur la perception que l'on a d'elle, sur le ici et maintenant de cette perception. Cette démarche questionne l'imposition d'un modèle de patrimoine, d'identité culturelle et individuelle, la réduction autoritaire de cette imposition, ainsi que la domination qu'elle induit.