Le chaos est-il en train de devenir le seul mode de développement durable ? Si oui, quel ordre pourrait donc s'établir sur le chaos ? La création contemporaine est-elle indissociable d'un équilibre entre raison et folie ?
Durant le chaos, comment le spectacle peut-il se poursuivre ? Ou bien encore, le chaos permettrait-il de taquiner, voire de séduire, les Muses ?…
Ainsi, de l'édifice à l'abri, de quel chaos le choix du lieu fait-il ou non la démonstration ?…
Par ailleurs, comment la création artistique arrive-t-elle à sublimer les chaos intérieurs ? Quel peut-être l'état chaotique d'une matière choisie pour créer ?…
Ou bien encore, quand et comment les pratiques artistiques sont-elles ou non des remparts de l'humanité contre la barbarie ?...
Les chaos artistiques permettent-ils de résister aux lois du marché ? Faudrait-il alors y déceler un désir de retournement à ce qui précédait l'ordre actuel ? L'annulation des festivals de l'été dernier va-t-elle faire date en tant que « grande migraine du spectacle » ou en tant que source d'un nouveau tohu-bohu de la créativité ?
Lucile Bodson est, depuis juin dernier, directrice de l'Institut International de la Marionnette et de l'Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette où elle poursuit et développe le travail engagé autour de la formation et de la recherche (formation initiale et professionnelle, programmes de création, d'expérimentation et de recherche, centre de documentation, éditions). De 1992 à 2003, elle a dirigé le Théâtre de la Marionnette à Paris, structure de production et de diffusion de formes contemporaines de théâtre de marionnettes, d'images et d'objets, qui anime également «Les Scènes ouvertes à l'insolite» (festival de la jeune création, prochaine édition en juin 2004) et la «Biennale Internationale des Arts de la Marionnette», (coréalisée avec le Parc de la Villette, prochaine édition en juin 2005).
Jean-François Chougnet est historien, diplômé de Sciences Po (Institut d'Etudes Politiques de Paris) et ancien élève de l'Ecole Nationale d'Administration. Directeur général de l'Etablissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette, membre du Comité d'histoire du ministère de la Culture et maître de conférences à Sciences Po, Jean-François Chougnet a publié de nombreux articles et réalisé diverses interventions sur le financement de la culture.
Christel Pesme est étudiante en restauration et historienne de l'art ; elle mène une réflexion sur la notion de patrimoine ainsi qu'une pratique critique sur la conservation et la restauration. Un de ses axes d'étude porte sur l'hypothèse d'un «fétichisme de la matière» qui, pour l'institution culturelle, fonde la valeur historique de l'œuvre, son authenticité, son originalité, voire sa valeur artistique et esthétique. Cette réflexion s'appuie sur une proposition pratique de restauration par l'éclairage qui n'agit pas sur la matière de l'œuvre, mais sur la perception que l'on a d'elle, sur le ici et maintenant de cette perception. Cette démarche questionne l'imposition d'un modèle de patrimoine, d'identité culturelle et individuelle, la réduction autoritaire de cette imposition, ainsi que la domination qu'elle induit.
Jacques Delcuvellerie a été formé à l'Institut National des Arts du Spectacle. Nommé responsable de Radio Télévision Culture, animateur de Vidéographe durant onze ans à la R.T.B.F., cofondateur de la fondation Jacques Gueux, Jacques Delcuvellerie enseigne l'art dramatique au Conservatoire de Liège depuis 1976. Il y a rencontré les partenaires du Centre Expérimental de Culture Active fondé en 1980 et nommé le Groupov. La vie de ce collectif se partage entre une activité de recherche expérimentale et la création d'un répertoire d'actualité contemporaine dont fait partie Rwanda 94, création pluridisciplinaire inspirée par le génocide des Tutsis et le massacre des opposants au Rwanda, conçue comme « une tentative de réparation symbolique envers les morts à l'usage des vivants ».
Philippe Freslon fonde la Compagnie Off en 1986, à partir d'un imaginaire lié à l'univers du circus, bientôt rejoint par le lyrique. Cette compagnie des arts de la rue joue à manier des thèmes universels (l'amour, la mort, les éléments, la différence) en dialogue avec l'espace de représentation, la ville. Par la sueur, le fantasme et l'extravagance, se noue une relation charnelle avec le public, une fabrique de ville invisible. La Compagnie Off crée l'événement artistique hors les murs, les représentations spectaculaires et vivantes se déroulent dans des univers mouvants et « bâtis », en fixe ou en mouvement. Prochaine création prévue au printemps 2004 : Va donner aux poissons une idée de ce qu'est l'eau.
Marie-Ange Rauch est docteur d'Etat en Lettres et Sciences humaines, chercheur spécialisé dans l'histoire des politiques culturelles en France. Elle a participé à plusieurs ouvrages collectifs, puis a réalisé Le bonheur d'entreprendre, ouvrage consacré aux origines du Ministère de la culture et publié à la Documentation Française en 1998. Actuellement, elle anime le Comité d'Histoire de l'Union des Artistes qui a pour mission de rassembler, protéger et valoriser la mémoire sociale et syndicale des artistes interprètes. Passionnée d'archives orales, elle s'applique à enregistrer le témoignage des anciens militants de la profession. Elle vient de réaliser l'exposition De la cigale à la fourmi sur l'histoire du combat des artistes pour leurs droits de 1917 à 1960 et achève la rédaction d'un ouvrage sur le même sujet.
Hanna Löfqvist est membre d'un groupe de réflexion et de création théâtrale féministe nommé Lacrimosa Theatre et qui est basé à Stockholm. Cette troupe signe des pièces et des mises en scène dans une perspective sociale volontairement féministe ; elle intervient également au quotidien auprès des femmes, de l'école au monde du travail en passant par diverses initiatives militantes, afin de renforcer leurs luttes contre la société patriarcale. Hanna Löfqvist est également un des membres organisateurs du premier Forum Social Européen organisé à Stockholm du 7 au 9 mai 2004.
Bernadette Coqueret s'est formée au théâtre, au cirque, au chant, au théâtre d'objet ainsi qu'au clown. Comédienne dans diverses compagnies (Kumulus, Théâtre de l'Unité, Les Piétons, Turbulence, Groupe O) ; de 1989 à 1998 elle fonde Hors-Strate, compagnie de théâtre, de rue, sur échasses et crée notamment Groudeck ou le temps immobile en 1990, Aux détours de la nuit en 1993. Depuis 2000, elle participe en tant que clown à l'association Le Rire Médecin créée en 1991 par Caroline Simonds et qui réunit près de cinquante clowns jouant toute l'année, deux à trois fois par semaine, dans vingt-trois services d'hôpitaux pour enfants : «À travers le jeu, Dr Girafe et ses drôles de confrères dédramatisent l'univers hospitalier et leur offrent la possibilité de rire, de chanter, de danser et peut-être d'oublier la maladie ne serait-ce qu'un instant».
Joël Cramesnil est enseignant-chercheur, docteur ès arts du spectacle, qualifié aux fonctions de maître de conférences. Collaborateur de diverses revues théâtrales, auteur d'une étude historique sur l'ensemble théâtral de la Cartoucherie (à paraître au printemps 2004 aux éditions de l'Amandier).