Auteur, comédien, metteur en scène, enseignant, Alain Fleury a une pratique théâtrale variée et ouverte qui l'amène, en collaboration entre autres avec des musiciens, des danseurs ou des vidéastes, à mettre en scène des textes contemporains, dont, cette fois, l'un des siens, repéré par le comité de lecture en 2001.

COMME C'EST DRÔLE D'EXISTER

création

avec : Nicole Kaufmann, Féodor Atkine, Ingrid Molinier, Jérémie Chaplain, Manuela Brivary, Pierre Barrabe et Edouard Pithoud (en alternance)
mise en scène : Alain Fleury
réalisateur : Laurent Mathieu
coproduction : Cie Alias Victor, Théâtre des 2 Rives

«Peut-on changer le cours des choses ? Et jusqu'où ? Mouchette vivra. Mouchette aurait pu mourir. Dix-huit ans. Elle passera, un cap, une étape. Parcours initiatique ? De l'enfance à l'adolescence, de la vie à la mort, de l'Occident à l'Orient… Tous passent d'un monde à un autre. Visible ou invisible.

Qui doit gagner ? La vie ? Elle est mouvement. Si elle pouvait jaillir comme un torrent, cette force : joyeuse et brutale, la vie est étrange, belle, cruelle, insupportable, incroyable. Au moins on vit. Et la joie ? Il nous faut la joie. Aimer, encore aimer, aimer fort ce que l'on est. Comme c'est curieux parfois, comme c'est drôle d'exister».

Alain Fleury

Conversation sur la gravité des fluides
entre Alain Fleury et Serge Lamoureux

Gare. En allant à la rencontre d'Alain, je me souvenais de sa première compagnie, il y a plus de vingt ans, des expériences comme acteur et comme metteur en scène. Aujourd'hui, une nouvelle compagnie, Alias-Victor et surtout auteur. Il me semble plus serein, comme arrivé sur un territoire longtemps recherché. Sérénité de l'écriture.
AF C'est vrai. Ça a mis du temps, des expériences personnelles et professionnelles. Plusieurs périodes d'écriture infructueuses ; et puis un autre regard sur la vie qui est à l'origine de cette pièce. Dans les périodes où je peux écrire, où j'ai le temps, les choses me semblent en place. J'ai un centre de gravité, une perception plus sensible au monde.
SL Une sérénité due à l'écriture. Un ordre du monde comme celui qui apparaît entre les personnages au moins au début de la pièce. Un goût de la vie, une évidence détachée. Enfin, c'est une pièce où le passage, la transmission, la mutation d'un âge à un autre ne se fait pas sans rupture. Tous les personnages changent. Il y a une famille semble-t-il aisée, située sans doute en France, mais sans plus de précision.
AF Pas de naturalisme, mais dans le dispositif, le fond donné par la vidéo inscrit l'action dans un certain réalisme.
SL Les conversations semblent réalistes, quotidiennes, comme dans un autre réel plus intense, dans le sens de l'élégance des êtres, qui n'est pas moins réaliste que leur laideur.
AF Alain Bézu parle de «la belle âme de personnages».
SL Donc, une famille, avec des personnages qui ont des noms (ceux de l'extérieur sont «le jeune homme, le voisin») Pierre, Caroline la mère, André le père qui vieillit qui regrette sa jeunesse quand il regarde Mouchette.
AF Mouchette, c'est le soleil de la famille, c'est aussi l'ange révélateur. Elle est là depuis toujours. Mouchette qui pourrait être sacrifiée. Elle joue sa peau dans l'épreuve où, de grenouille elle se métamorphose en princesse. Mais les autres d'une certaine manière risquent aussi leur peau. Le bel ordre familial du début devient une sorte de chaos nécessaire à la recréation des êtres, de Mouchette, des autres. Notre conversation se poursuit sur les fluides : le temps, l'écriture, le désir, l'affection. Puis il est question des deux processus, danse et image filmée.
AF La danse ou le jeu dansé. C'est une manière de ponctuer l'écriture, une sorte d'écho d'un monde où existerait une vitalité archaïque et joyeuse. Je voulais de l'image filmée. La pièce doit beaucoup à des souvenirs (Mouchette), à un imaginaire cinématographique.
SL Le cinéma intervient dans l'histoire comme expérience, idéal supposé des jeunes filles, «être vedette». Mais Mouchette refuse cette illusion là. André à un autre moment distingue la réalité (relative du théâtre) et le jeu. Exploration de la vie ou de l'existence, je ne sais pas.
AF Comme disait Jouvet à Arletty dans «Hôtel du Nord» : «Ma vie n'est pas une existence», elle lui répondait : «si tu crois que mon existence est une vie».

Propos recueillis par Serge Lamoureux,
membre du comité de lecture de Corps de Textes,
février 2004


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