Toute oeuvre poétique est politique dit-on. A 21h, «CHAOS INTERIEURS», «CHAOS ET BARBARIE» et «CHAOS PAR LE LIEU», sujets des ateliers du Forum, trouveront dans les textes de Jacques Develay, Svetlana Alexievitch et Messaoud Benyoucef.
L'écho théâtral, la résonance poétique et politique qui touche et prolonge la réflexion.
Trois pôles, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, trois courtes lectures en simultané, dans des lieux distincts du Rive Gauche, reprises trois fois afin de permettre au spectateur d'entendre s'il le désire l'intégralité des textes. Echos du monde et comme il va…
«Je me suis enfui. Je me suis enfui du monde… Au début, je passais mon temps dans les gares. Elles me plaisaient bien parce qu'il y avait toujours de la foule alors que j'étais tout seul. Et puis je suis arrivé ici. Ici c'est la liberté…»
Née en 1948, Svetlana Alexievitch est l'auteur de «Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse», «La Supplication», «Les Cercueils de Zinc» et «Enquêtes de l'Amour en Russie». Ces textes, témoignages d'hommes et femmes d'un univers chaotique parlent essentiellement de «la part de l'humain dans l'humain». Son livre sur la guerre en Afghanistan, «Les Cercueils de Zinc», lui valut les attaques de la presse communiste et des militaires. Elle a été auteur accueilli en Ville Refuge à Suresnes en Région Ile de France. Des fragments de son dernier livre, «La Supplication», témoignage sur le monde après Tchernobyl, sera mis en voix par Nathalie Pivain.
Cette lecture nous permettra aussi de comprendre l'action de l'INCA (International Network of Cities of Asylum), anciennement Parlement International des Ecrivains. L'INCA est un réseau international de solidarité et d'édition pour les écrivains et les artistes persécutés ou victimes de censures. «S'il n'y avait pas l'INCA, dit Nathalie Pivain, il n'y aurait pas de travail possible avec Svetlana en France, et ce point est très important et représente mon engagement dans ces mises en voix». Un réseau, les villes refuges, et une revue, Autodafé, autant d'outils pour faire entendre la parole de ceux que leurs propres nations voudraient faire taire.
«J'ai oublié ma propre vie… Ne me posez pas trop de questions. Je me souviens de ce que j'ai lu dans les livres et de ce que d'autres gens m'ont raconté, mais ma vie à moi, je l'ai oubliée. J'étais jeune…»
Il ne voullait pas être de reste et se lance avec un plasticien ami et complice de longue date (ensemble ils ont travaillé et animé des ateliers en hopitaux psychiatrique) dans une courte performance dans l'ouverture de la soirée vers le Chaos.
Avec quelques acteurs qui poursuivront un travail de création, sous la direction de Thomas Schetting jusqu'en 2005, sur un autre de ses textes, «Les Variations Illichesto», Jacques Develay entame à l'occasion de Corps de Textes un chantier sur l'utopie. Extrait d'une réflexion sur le projet : «Je n'ai pas envie d'écrire un texte «historico-politique». J'ai eu envie de fragments, de lambeaux, de bouts. Des personnages d'abord. De 36, de 70 et de 2003. Qui cherchent. Se souviennent. Creusent la terre et leur mémoire et leurs souvenirs. Mais l'avenir aussi.
Mélanger les sources. Brouiller les pistes.
Je crois que ce texte est d'abord ou en même temps, je ne sais, l'histoire d'une/plusieurs histoires d'amour. Presque absolues.
Il y est question de tous les amours. Se croisent des poètes et des peintres, des soeurs et des dandys, des photographes et des jeunes républicaines, des fascistes et des communistes, des gens dits bons et des gens dits méchants. J'ai envie que ce texte dise «très humainement» l'utopie d'abord de la République Espagnole (avec par exemple «Commune révolutionnaire» de la Catalogne) et ensuite dise le massacre de cette utopie, pourtant encore vivante.Je veux raconter une histoire «au ras» des hommes et des femmes. Tenter d'approcher cette impossibilité trop ancestrale que nous avons de rêver à l'impossible, au bouleversement perpétuel et de se satisfaire de quelques bribes de vie et d'histoire. D'être mécontent et de nous contenter trop vite. Se reconnaître d'une subversion totale et de se coucher au premier éclat.
Des humains, quoi !
«Sangrequiem» dira aussi cela.»
Écrivain, traducteur, professeur de philosophie, journaliste, Messaoud Benyoucef quitte l'Algérie après l'assassinat en mars 1994 à Oran d'Abdelkader Alloula avec qui il travaillait depuis de nombreuses années.
C'est en 1999 que la Compagnie Bagage de Sable, dirigée par Claude-Alice Peyrotte, décidant de la mise en œuvre d'une création sur l'histoire commune de la France et de l'Algérie lui propose une collaboration artistique.
Il écrit d'abord pour la scène les «Lettres à Jeanne» puis «La mer Blanche du milieu», créé en janvier 2001 au Théâtre de l'Agora et un troisième volet, «Dans les ténèbres gîtent les aigles», tous mis en scène par Claude-Alice Peyrotte.
Haine de l'obscurantisme et de l'intégrisme, passion de la liberté et de la culture, Messaoud Benyoucef prolonge aujourd'hui avec la Compagnie Bagages de Sable à Fécamp son travail d'écrivain et de dramaturge de notre histoire.