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Traduits en décembre, lus en janvier !

Le 7 décembre dernier, dans le cadre de l’escale Corps de Textes à la Chartreuse, traducteurs en résidence et lecteurs invités ont partagé leurs réflexions et points de vue sur les textes en circulation. De janvier à mail, dans les escales, nous entendrons ces textes sur les plateaux des escales.

Sophie Amaury, comédienne lectrice pour le comité de lecture du CDR se fait l’écho « à chaud » des questionnements et débats.


Vendredi 7 décembre 2007
Arrivée. Temps et ciel gris.

Présentation des protagonistes

Autour de Marianne Clevy (Corps de textes)

  • Veneta Doitcheva et Ahanase Popov, traducteurs (Bulgarie),
  • Mariana Rocha et Ilda Mendes Do Dantos traductrices (Portugal),
  • Marie Bataillon, Secrétaire Générale de la Maison Antoine Virez
  • Franck Bauchard, Directeur du CNES – Chartreuse
  • Sophie Amaury, comédienne lectrice pour le comité de lecture du TDR Rouen

14h.

La 1ère partie de l’après midi est consacrée à la rencontre et à l’échange autour de 7 textes d’auteurs européens. Diversités des origines, diversités des cultures, diversités de la langue et des langages ; tout est diversité , d’un coté comme de l’autre.

Chaque texte proposé soulève chez chacun d’entre nous une réflexion, des questions, des réactions, évidemment différentes, personnelles où plus globales, parfois un malaise, une interrogation plus profonde sur la pertinence du propos, mais jamais de rejet et toujours une sincère curiosité.

On parle d’où on vient, d’où on est, d’une écriture en mouvement, elle même créatrice de nouveaux processus de représentation , de réflexion. Là où je suis , comédienne, il me sera plus évident de dire le rapport organique et charnel à l’écriture, cette alchimie mystérieuse entre l’acteur parole vivante et l’auteur parole écrite.

Mais on s’interroge aussi, par exemple , sur la difficulté de choisir un texte aujourd’hui en Bulgarie. Parce qu’il est multiple , parce que l’évolution de ces 15 dernières années ont transformé ses attentes, que veut-il ce nouveau public ? Lorsque l’écriture théâtrale est encore principalement un véhicule d’échanges identitaires et politiques, comment déplacer son regard ?

Comment traiter, faire entendre à coté des grands sujets ce qui s’apparente encore pour l’instant à un "sous sous détail d’un sous sous sujet", faire entendre le" minuscule" ?…

Culture, éducation,religion,histoire…déterminants ,entre autres, de la résonance d’une écriture, à l’origine des différences et des convergences, des possibles et de l’impossible maintenant.

Passionnante rencontre qui met l’écriture au centre de notre perception du monde, qui nous permet d’entendre de manière sensible la diversité des processus de création, la vitalité et la pertinence des propositions artistiques en Europe , mais aussi les divergences, la multiplicité des questionnements et la nécessité de prendre en compte le public à l’endroit où il est de son évolution, respecter cette évolution et construire avec lui une réflexion cohérente et généreuse.

Une pause…

2ême partie de l’après midi consacrée plus spécifiquement à l’exercice de la traduction et à l’intérêt de la résidence.

C’est principalement autour du texte de Emmanuel Darley : "Le mardi à Monoprix" que nous allons centrer notre échange.

Une écriture particulière dans sa structure qui jouant sur l’inverti nous permet d’évoquer certains des problèmes que posent la traduction d’un texte de théâtre.

Ce qui nous rassemble sensiblement autour de ce texte , au delà du personnage central du transexuel Jean-Pierre/Marie-Pierre, c’est la figure du père, retraité ordinaire, appartenant à la classe moyenne d’une petite ville ordinaire, qui nous renvoie à quelque chose qui nous est commun à tous. Son regard est le lieu sans frontières d’une possible identification.

Cette convergence ouvre alors la discussion sur les difficultés auxquelles les traducteurs sont confrontés et tous diront dans un premier temps, la richesse de l’échange possible dans le cadre d’une résidence ; le plaisir de n’être pas uniquement dans la solitude du travail, mais, au contraire , de pouvoir confronter ses incertitudes , ses interrogations et ses vides sans pour autant partager nécessairement la même langue.

A quoi se heurte le traducteur ?

Comment passer d’une langue à une autre sans dénaturer la forme ni le fond ? Traduire n’est pas adapter. Et pour certains textes se pose alors un réel problème d’éthique : jusqu’où s’autoriser des équivalences, comment respecter la cohérence des noms , des lieux, comment échapper à la traduction pour retrouver dans sa propre langue la langue étrangère ?

Propos relevés :

"Parfois, j’oublie tous les mots bulgares et il suffit que je pense à autre chose pour que tout à coup ils me reviennent"

"Je traduis littéralement et dans un 2eme temps je me mets à distance de l’écrit et je me pose la question : est ce qu’à la lecture en portugais j’éprouve la même émotion ?"

Ne pas réécrire, être constamment présent à la forme, au style , à la pensée, trouver les résonances, être au plus près de l’écriture et pouvoir se permettre malgré tout une certaine liberté inhérente à la différence des langues.

19h15

La journée s’achève mais le chantier de la réflexion reste un espace ouvert… "Celui qui a choisit son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent apprend bien vite qu’il ne nourrira son art et sa différence qu’en avouant sa ressemblance avec tous"

Sophie Amaury

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