Tabous, jusqu’où ?

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De l’auto fiction au projet théâtral sur Second Life, nos escales interrogent les voies/voix que trouve la scène contemporaine pour traiter non-dits et interdits. Les spectacles et lectures que nous avons choisis n’épargnent personne et nous renvoient d’abord à nous même, à nos fictions, nos pulsions, nos peurs. Pas de provos simpliste ou de pathos sentimentaliste, de l’humour souvent et une grande vulnérabilité pour ces formes exploratoires

Aperçu

AUTO FICTION

La Chaise de Florian Parra, belle expérience du genre, présenté à Rouen en décembre, est un des derniers opus des Lucioles mis en scène par Mélanie Leray. L’histoire de Florian Parra, musicien de trente ans, engagé comme gardien de musée pendant trois mois. Interdit de tout, coincé sur sa chaise, il s’invente alors un protocole : écrire sa propre auto-fiction, en douce, au dos des prospectus…De l’enfance à la révélation de son homosexualité, de la drogue, la musique, à l’annonce de sa séropositivité, les mots émeuvent, touchent et font sourire assurément, par cette façon « comme si de rien était », qu’a le spectacle d’exhiber les plus intimes des impressions.

PULSIONS SOUTERRAINES

En lectures ou en projet, Cannibales de Ronan Cheneau (lecture à Sofia), Cannibalismes – Fait divers, projet chorégraphique d’Osman Kassen Khelili, (étape à Mont Saint Aignan), ou Histoire de Chair de Christophe Tostain (en lecture à Dieppe), provoquent chez le spectateur, au-delà du temps de leur représentation en scène, un champ de questions nouvelles qui touchent au mythe de l’universalité de l’homme civilisé contre un « retour à la sauvagerie », alors que transgressant l’intimité des derniers instants de la vie, Françoise Berlanger dans L’œuf Blanc (lectures à Rouen et à Liège) donne à la Mort le visage d’un jeune marié. Les mots touchent, peut être par ce qu’ils ont vécus, ils sont contenus, simples.

Car à l’image de Mardi à Monoprix d’Emmanuel Darley, c’est souvent en avançant masqué que le propos s’épanouit, vient bouleverser, décadrer l’expérience du spectateur, et que tombe le tabou dans la révélation d’un sourire.

Définition

« La formule générale du tabou est : « Ne fais pas ceci, ne touche pas à cela » ; c’est le don’t anglais de la civilité puérile et honnête. Le tabou, de quelque nature qu’il soit, a cela de particulier qu’il impose une limite à l’activité de l’homme. Ce sentier est tabou ? n’y marche pas. Ce fruit est tabou ? ne le mange pas. Ce champ est tabou tel jour ? n’y travaille pas. Ainsi, à la différence des lois religieuses, civiles ou morales, la loi du tabou ne prescrit jamais l’action, mais l’abstention. »
Salomon Reinach,
De l’origine et de l’essence des tabous, Cultes, mythes et religions,
Tome II, Éd. Ernest Leroux, Paris, 1906

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