Ne pas trop en dire
Auto-portrait d’Emmanuel Darley

Auto, on a dit.
De quoi ?
Portrait, oui.
D’accord.
D’accord, d’accord.
Quoi dire ?
Se regarder en face, s’installer devant le miroir et dire, allez, ce que l’on voit ? Qu’est-ce que c’est que l’on voit, que l’on voit depuis si longtemps, que l’on se lasse même de voir, comment trouver le bon angle, le bon profil ?
Souvenir d’images de soi, étapes diverses, visage longtemps haï, regard détourné.
Quand on est bien tranquille à rire, à pérorer et que là-bas dans la glace derrière on se surprend.
Toujours s’asseoir le dos au mur.
Comment c’est que l’on fait ?
Prendre ce corps, ce corps tout entier, tête comprise et secouer, agiter en tous sens pour ensuite sur la table jeter les dés, les idées, jeter l’essence de ce que l’on est.
Peut-être un peu trier.
Ça je montre, ça je cache. Je garde par devers moi.
Peut-être mentir, aussi. Arranger. S’arranger avec.
Ce dans quoi parfois on se complait, l’image de soi que l’on construit plus ou moins conscient, celui-là gentil, un peu mystérieux blabla, celui-là qui n’en fait qu’à sa tête, celui-là qui dit souvent - mais qui l’entend ? - Je suis le chat qui s’en va tout seul.
Quoi dire ?
Besoin de dire ?
Un type, bon, qui écrit, désormais depuis longtemps écrit, qui livre des mots, des histoires, des machins torturés tarabiscotés, personnages emplis de lui, petits bouts de lui, toujours, disséminés.
Un type qui se cache, oui, bonne place, derrière.
Prend ça et là des bribes, note des vies, des bouts de vie, surprend des visages, surprend des douleurs, tend l’oreille au désordre, aux murmures et puis touille. Réinvente.
Tas de choses sans doute sur lui on pourrait dire comme de chacun on pourrait mais qu’importe, qu’est-ce qui importe ?
J’ai pour nom Emmanuel Darley, à la fin, en général, je signe ED et j’aime bien, j’ai pour nom Emmanuel Darley, on peut me chercher entre les lignes, je sais bien là où je suis, là où masqué j’apparais.
Je préfère le retrait. Ne pas trop en dire.
Voilà.










