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L’inquiétude selon Sylvian Bruchon

A Rouen et Alençon, Sylvian Bruchon, auteur implanté dans l’Ouest, rejoint Corps de Textes au cœur du sujet, pour deux projets en création 1,1g d’inquiétude, sous la direction d’Amélie Jaillet, et de Il n’y a plus de fontaine au coin de la rue Simon le Franc, qu’il performe.

Autoportrait au travail.

J’écris peu. Mais tout le temps. Même quand je n’écris pas. J’écris mieux quand je n’écris pas. Quand je n’écris pas, j’écris tous les livres. Tous les livres que j’aurais voulu écrire. Et que je n’écrirai jamais. Je suis un bon écrivain quand je n’écris pas. Tout est possible tant que ce n’est pas écrit. Mais tout à fait impossible une fois écrit. Comme ça s’écrit quand même (même quand je n’écris pas) je continue.

Je ne tourne pas. Mais je tourne tout le temps. Même si je ne tourne pas. Je ne tourne pas mais je réalise des films. Des films que j’aurais voulu réaliser. Et que je ne réaliserai jamais. Je suis un bon cinéaste parce que je ne tourne pas. Tout est possible tant que ce n’est pas réalisé. Mais tout à fait impossible puisque jamais réalisé. Comme ça tourne quand même (même si je ne tourne pas) je continue.

Je ne vis pas. Mais je vis tout le temps. Même si je ne vis pas. Et même si je ne vis pas, je vis ma vie. Une vie que j’aurais voulu vivre. Et que je ne vivrai jamais. Je suis un bon vivant même si je ne vis pas. Tout est possible tant qu’on est en vie. Mais tout à fait impossible une fois vécu. Comme ça vit quand même (même si je ne vis pas) je continue. Est-ce que c’est ça qu’il fallait vivre ?

Sylvian Bruchon, Brest le 27 septembre 2007

A propos de 1,1g d’inquiétude

Au départ l’argent était au centre du texte. Pas seulement le billet de cinq cents euros mais le salaire, le chiffre d’affaire, le crédit, le commerce en général… J’ai souvent pensé au film de Robert Bresson que j’avais vu à sa sortie et qui a été un moment important dans ma vie de spectateur de cinéma. Très vite le lieu de travail s’est développé autour de la disparition du billet. Mes expériences professionnelles sont venues alimenter l’écriture.

En écrivant, je pensais à mes anciens collègues de travail. C’est à eux que je m’adresse sans doute.