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Il a livré ton bien à ceux qui meurent

C’est un poème dramatique en 20 scènes, où la parole dit tout et ne dit rien et où la musique religieuse plonge en enfer plus qu’elle n’apaise. Sur scène, pourtant, ce qui est dit joue avec l’excès de sens et son absence ; les images veulent arrimer l’oeil du spectateur qui aimerait soudain se dérober, le faire regarder là, sentir là. Entendre l’hymne et le râle.
La pièce est un huits-clos familial et troué, comme la chair de la Fille, la jeune femme de 25 ans vue et touchée par 6 officiants : la mère, l’amie, deux hommes, le médecin, le prêtre. De simples noms. Le ton de leur voix sera « cruel » et « ému », dénué de tout pathos. Équilibre difficile dans cette pièce d’apparence petite bourgeoise, sentant la naphtaline d’un intérieur souffleté sournoisement par les grands mythes bibliques et les figures archaïques. Le poème visuel joue avec la platitude et prend, ici et là, sauvagement le contre-pied de nos rituels (naissance, enfantement, mort) pour asseoir crûment sur la scène ce que la cérémonie voile : le corps béant, le rictus de plaisir ou de douleur, les eaux, le sang, le sperme. Beaucoup de fluides pour parler de corps morts vivants, de mots qui ne passent pas, d’une parole inhabitée à la manière du corps de la jeune femme. Défier la mort ou l’amour ? Banalité sans doute mais il est nécessaire de sentir et de cesser l’attente. Se sentir vivre dans un toucher qui peut aussi être le Coup.
Questions éternelles et épineuses, balancées sur scène, qui éveillent nombre de fantômes dans une époque où le corps est sans cesse montré, caressé-trituré. Montré mais inconnu car trop peu aimé ; le corps, dans toute son intimité, on ne veut surtout pas le voir, le pénétrer. Espace même du sacré. Et sans doute la question serait-elle d’apprendre à devenir mortel, de sentir et de toucher par là une forme de vie, ou tout simplement la liberté.
Ilda Mendes do Santos










