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Habiter, éloge d’une philosophie nômade

de Patricia Allio


Dans le verbe habiter, nous entendons deux substantifs : habit et bite.

Les deux, changés en verbe, donnent Habiter.

L’habit est ce qui revêt, il est marque de pudeur et d’humanité, dans le monde post-édénique. Avant la Chute, innocents, la première femme comme le premier homme n’éprouvaient point le besoin de se vêtir.

La bite, organe sexuel masculin, nous invite à penser la pénétration comme l’érection, qui trouve précisément son accomplissement dans l’habitation, terme qui désigne l’organe sexuel féminin habitable, qui, en lui-même, contient aussi le nom de bite : la-bite-ation.

Au cœur de la problématique d’habitation, nous avons donc un double mouvement non contradictoire, d’une part, d’enveloppement, de couverture et de voilement de l’Etre et d’autre part, d’érection ou de pénétration.

Ainsi l’on érige des bâtiments, l’on pénètre la nature vierge, inhumaine. L’érection et la pénétration semblent donc indissociables de la pensée de l’habitation qui contient les organes sexuels féminin et masculin.

Habiter se résumerait-il donc à la compulsion érectile ?

Oui si l’on en croît la médiévale signification de coït. Ce premier sens réducteur d’habiter est démenti lorsque l’on considère non plus la bite mais l’habit. Le mouvement de se vêtir ouvre en effet à la pensée du couvert, de ce qui se trouve protégé, abrité, ce qui renvoie à l’être originellement exposé, dénudé. L’habit ouvre bien plutôt à la pensée du ressac : se retirer et s’ériger, se couvrir et se dresser, prémisse d’une pensée du flux.

Le féminin et le masculin, d’abord pensés en tant que différence sexuelle et non de genre, seraient donc le fond de la question de l’habitation.

L’habitation nous ouvre aux vaginations de la pensée.

Ainsi le vagin est-il contenu implicitement dans l’habiter, il est ce qui sous-tend, explique, permet le ressac, ce double mouvement apparemment contradictoire de couverture, de retrait et d’érection ou pénétration.

L’on comprend dès lors fort bien que l’action d’habiter nous conduise à réaliser notre identité, puisque dans ce verbe, est déposé le secret de la différence des sexes.

C’est donc en habitant que nous devenons homme et femmes, ensemble, grâce à l’habit et la bite qui constituent l’habiter.

P.-S.

le 11 décembre à rouen