Gagner plus…
Par Thomas Ferrand

Dans nos sociétés post-industrielle (ou hyper-industrielle), la valeur travail est une préoccupation omniprésente. Elle a été remise au goût du jour avec les dernières élections présidentielles françaises, mais bien avant cela, dans toute l’Europe avec un thatchérisme généralisé en guise d’horizon politique. Un certain type de théâtre contemporain, qui s’intéresse particulièrement aux mutations sociales et à l’individu d’aujourd’hui, ne pouvait faire abstraction de ces préoccupations.
La vie du travail est un matériau extrêmement riche. Elle permet différent type d’approches. Elle permet de questionner l’individu, la confrontation de son désir avec les conditions du monde d’aujourd’hui qui sont de plus en plus déshumanisantes, fabriquant l’annihilation de la personne au service d’un tiers : le Marché. C’est une vision opposée à l’idéologie dominante qui voit dans le travail une source d’émancipation. Sans doute l’est-il. Parfois.
Mais ce qu’interrogent des auteurs tels que Sylvian Bruchon, Christophe d’Hallivilée ou l’allemand Falk Richter, ce sont les endroits où précisément le travail n’est jamais source d’émancipation mais de pression, de négation, d’asservissement de l’individu. Tous trois mettent à jour les processus de cette désintégration. Que ce soit dans 1,1g d’inquiétude, dans Kapital ou dans Sous la Glace, on y cause de chômage, d’interdit bancaire, de malaises psychiques liés au stress ou aux conditions du monde de l’emploi. On parle faillite, de crédit de consommation, d’intégration et de racisme. On y suggère les rapports de dominations et les dégâts de la compétitivité sur la sphère intime.
Et ce sont alors toutes les facettes du monde contemporain, de son hétérogénéité dégradée, qui se révèle par le prisme de l’entreprise.
P.-S.
Thomas Ferrand
Editeur de la revue mrmr, une revue autour des arts et du spectacle, il est également critique, notament pour la revue Mouvement, et metteur en scène et performer au sein de la compagnie Projet_Libéral, il fait également parti des Ateliers Intermédiaires et codirige le duo sonore Machiner des camions dans des trucs à musique.
photo : Le projet. Idiot cherche village à la ménagerie de verre










