1,1g d’inquiétude

Mohamed jeune converti à l’Islam a coupé tout lien avec sa famille. Sa mère désespérée décide de consulter « la Bouche » sorte de mage qui fait parler les morts. Elle va donc lui s’asseoir et « entrer dans le cadre ». La mère sera ainsi spectatrice impuissante de la mort de son fils, rejeté par ses collègues, injustement inculpé d’un vol au magasin où il travaille.
Grâce au pouvoir de la Bouche, Mohamed avant de rejoindre son père lui fait une dernière confidence mais les adieux s’écourtent. Il faut laisser place à cette nouvelle réalité…
On est tous des gens raisonnables comme ça et on fait une chose qui, en temps normal, paraîtrait délirante. On admet les petits actes ignobles. On renonce à penser. On n’a pas de fusil sur la tête et on renonce. Dans ces cas-là, on devient comme les autres. On est coincés. On fait semblant de ne pas savoir. On fait comme s’il ne s’était rien passé. Comment peut-on accepter cette folie ?
L’espace du travail n’existe et n’opère qu’au fond d’un milieu réel qui révèle la violence et la cruauté des actions et des comportements.
J’ai commencé à écrire 1,1g d’inquiétude dans le cadre d’une résidence d’écriture à Saint-Dié-des-Vosges. Tout est parti d’un petit bout de dialogue entre une caissière et son patron à propos d’une erreur de caisse. Au départ l’argent était au centre du texte. Pas seulement le billet de cinq cents euros mais le salaire, le chiffre d’affaire, le crédit, le commerce en général… J’ai souvent pensé au film de Robert Bresson que j’avais vu à sa sortie et qui a été un moment important dans ma vie de spectateur de cinéma. Très vite le lieu de travail s’est développé autour de la disparition du billet. Mes expériences professionnelles sont venues alimenter l’écriture. Un fait divers relaté dans un documentaire intitulé La chaîne du silence a déplacé le sujet. Le film enquête sur le suicide d’un ouvrier sur une chaîne de montage et sur le silence qui a suivi. Peu à peu, la souffrance au travail, les métamorphoses économiques et professionnelles sont entrées en jeu. A Saint-Dié, j’ai suivi le travail d’un groupe d’amateur sur L’illusion Comique. De là est née l’idée de la mère venant consulter une sorte de mage qui lui fait voir le destin de son fils. Ainsi, mon séjour à Saint-Dié est venu s’immiscer dans l’écriture. Mais si la pièce est située géographiquement, elle pourrait se dérouler n’importe où en France. La lecture de la Trame cachée d’Edward Bond est venue préciser le centre de la pièce.
En écrivant, je pensais à mes anciens collègues de travail. C’est à eux que je m’adresse sans doute.










